La ville est une matrice qu’on ne peut appréhender dans sa totalité, d’un coup. Le réel urbain ne peut s’appréhender que par touches successives. Il en revient donc au voyageur de multiplier les regards et les expériences pour mieux le comprendre.
Je pratique la photographie avec l’intuition qu’il existe des réalités insaisissables, intrinsèques à la ville. A la manière des surréalistes qui considéraient l’appareil photo analogique comme un moyen de parfaire et de compléter notre regard, nous menant vers des vérités qu’on ne peut percevoir avec seulement nos sens.
L’appareil photo permet de stopper net la course du temps, de le dilater ou de le contracter, ou encore de le tordre sur lui-même. En utilisant la surimpression, procédé qui consiste à photographier plusieurs fois sur le même négatif, je cherche à témoigner des différents états de la ville, et à la voir en simultané. Les « morceaux » de celle-ci se superposent sur un même plan. Les axes, les bâtiments, d’ordinaire séparés dans l’espace et dans le temps, sont liés par les pas du voyageur. Ils coexistent au sein d’une même image, comme ils coexistent dans le subconscient de celui qui les a traversés.
C’est cet état d’entre-deux lieux que je cherche à provoquer à travers la photographie. Les lieux prennent la même matière que la lumière, se fondent les uns sur les autres et entrent en résonnance.
Ma démarche ne consiste pas seulement à superposer deux images, mais à confondre les lignes et les points de fuite qui les composent, de telle sorte que les deux images deviennent indissociables l’une de l’autre, et qu’elles soient régies par une même perspective. Alors l’architecture des lieux se métamorphose. En repliant les lignes architecturales sur elles-mêmes, elles recomposent des espaces temps urbains aux propriétés multiples, parfois paradoxales. L’architecture des lieux trompe le voyageur, et la ville prend des aspects de labyrinthe. La photographie permet de construire des mondes à la frontière entre la fiction et le réel.
Jérémie Dru


